Karina est rentrée du travail à sept heures précises, comme d’habitude. La chaleur d’août se calmait, mais l’appartement était encore étouffant. Elle a enlevé ses chaussures à la porte et s’est dirigée vers la chambre pour se changer. Ça avait été une journée difficile—l’agence de voyages où Karina était responsable était submergée de clients en cette fin de saison des vacances.
Quand elle ouvrit l’armoire, Karina se figea. Sur les étagères où reposaient habituellement ses robes d’été et ses chemisiers, il y avait maintenant des chemises d’homme soigneusement pliées. Bleu marine, blanches, à carreaux. À côté, une pile de jeans, de pantalons de survêtement, de T-shirts avec des motifs étranges.
Karina se frotta les yeux. Peut-être qu’elle avait des hallucinations à cause de la fatigue ? Mais non—il y avait aussi des vêtements étranges sur la tringle. Un blouson en cuir, une veste grise, un coupe-vent vert citron vif. De toute évidence, ce n’était pas à Denis—son mari avait un style complètement différent et portait une taille en dessous.
Elle recula de l’armoire et regarda autour d’elle. Tout le reste dans la chambre était à sa place—des photos sur la commode, un vase de fleurs des champs séchées sur la table de nuit, un plaid jeté sur la chaise près de la fenêtre. Karina sortit dans le couloir et vit immédiatement une paire d’énormes bottes d’homme, taille 45. À côté, un sac polochon noir avec un grand logo de marque sportive.
Du salon provenait le son de la télévision. Karina s’y dirigea, déterminée. Denis était assis à table, plongé dans son téléphone. Les informations du soir étaient diffusées, mais il ne regardait manifestement pas—ses doigts volaient sur l’écran de son smartphone.
« Denis », lança Karina, debout dans l’embrasure, les bras croisés.
Son mari leva les yeux et esquissa un sourire forcé.
« Salut, chérie. Ta journée s’est bien passée ? »
« La journée s’est bien passée. Mais la soirée commence bizarrement. À qui sont les affaires dans notre placard ? »
Denis posa son téléphone et s’éclaircit la gorge. Karina connaissait bien ce geste—il le faisait toujours avant d’annoncer une mauvaise nouvelle.
« Ce sont les affaires de Roman. »
« De ton frère ? » Karina haussa un sourcil. « Et que font les affaires de ton frère dans notre placard ? »
« Voilà, tu vois… » Denis se leva et alla vers le frigo, manifestement pour gagner du temps. « Maman a appelé ce matin. Roman a un problème de logement. »
« C’est grave ? »
« Il a dû quitter sa location en urgence. Les propriétaires sont revenus de l’étranger plus tôt que prévu. Et il n’a pas encore trouvé de nouvel endroit. Maman a demandé si on pouvait l’héberger un moment. »
Karina sentit la tension lui monter de la poitrine à la gorge.
« Et toi, bien sûr, tu as accepté. Sans même me demander. »
« Karish, qu’est-ce que j’aurais pu dire à ma mère ? Qu’on refuse mon propre frère ? »
« Tu pouvais dire que tu devais d’abord en discuter avec moi. Que tu rappellerais dans une heure. N’importe quoi, sauf dire oui tout de suite ! »
Denis prit une bouteille d’eau dans le frigo et en but quelques gorgées. Karina attendit, mais il ne dit rien.
« Bon, procédons étape par étape », dit-elle, en s’asseyant sur un tabouret. « Quand Roman compte-t-il emménager ? »
« Compte ? » Denis lâcha un petit rire nerveux. « Karina, il a déjà amené ses affaires. Pendant que tu étais au travail. »
« Quoi ?! »
« Ben, pourquoi attendre ? Il est dans la galère. Il doit être tôt au travail demain matin et il fallait qu’il mette ses affaires quelque part. »
Karina se leva si brusquement que le tabouret vacilla.
« Donc, tu as laissé ton frère entrer dans notre appartement, étaler ses affaires dans notre placard et tu n’as même pas pris la peine de me prévenir ? »
« Je voulais t’appeler, mais j’ai été débordé au travail. Après, je me suis dit—qu’on en parlerait calmement ce soir. »
« Calmement ? » Karina éclata d’un rire sans joie. « Denis, on vit dans un studio ! Il dort où, ton frère ? »
« Sur le canapé-lit du salon. On ne s’en sert presque jamais. »
Leur salon était combiné à la cuisine—comme dans les appartements récents. Le canapé-lit faisait face à la télévision et servait à héberger de rares invités. Karina imagina Roman y camper et en eut la nausée.
« Denis, ton frère a trente-deux ans. C’est un adulte avec un bon salaire de programmeur. Pourquoi il ne va pas à l’hôtel ? »
« Pourquoi gaspiller de l’argent dans un hôtel alors qu’il a sa famille ? Et puis, ce ne sera pas pour longtemps. »
« Et combien de temps dure ce ‘pas pour longtemps’ ? »
« Deux semaines, grand maximum. Il cherche déjà. »
Karina alla à la fenêtre et regarda dans la cour. En bas, sur le terrain de jeu, de jeunes mères se promenaient avec leurs enfants. Une vie normale et paisible. Et chez elle—un invité non désiré pour une durée indéterminée.
« Tu sais ce qui m’énerve le plus ? » Karina se tourna vers son mari. « Ce n’est même pas que ton frère va vivre ici. C’est que tu as pris la décision pour nous deux. Comme si mon avis ne comptait pas du tout. »
« Ne dramatise pas. C’est temporaire. »
« Temporaire comme la dernière fois, quand ta mère est restée trois mois au lieu de la semaine promise. »
« Maman, c’est différent. »
« Oui, différente. Au moins tu m’avais prévenue la veille. »
La sonnette retentit. Denis se précipita pour ouvrir avec l’enthousiasme de quelqu’un qui accueille un sauveur. Roman se tenait sur le seuil—grand, large d’épaules, légèrement mal rasé et l’air fatigué. Il portait une pizza et un sac de bières.
« Salut, Karinka ! » Roman entra comme chez lui. « Merci de m’héberger. J’ai apporté le dîner pour ne pas t’ennuyer. »
Karina acquiesça, ne faisant pas confiance à sa voix. Roman alla dans la cuisine et posa les boîtes à pizza sur la table.
« Tu en veux ? » demanda son beau-frère en ouvrant la première boîte. « Quatre fromages et pepperoni. »
« Merci, je n’ai pas faim. »
Karina alla dans la chambre et ferma la porte. Elle sortit son téléphone et envoya un message à une amie : « Sveta, je peux venir chez toi demain après le travail ? J’ai besoin de parler. »
La réponse arriva immédiatement : « Bien sûr. Que s’est-il passé ? »
Karina commença à taper, puis effaça. Trop à expliquer. Des rires venaient du salon—les frères discutaient avec animation. Elle alla à l’armoire et écarta les affaires de Roman. Sa robe d’été préférée était poussée dans un coin, écrasée sous des chemises étrangères.
La soirée semblait interminable. Karina essaya de lire dans la chambre mais ne parvenait pas à se concentrer. Les frères regardaient le foot, criant parfois devant la télé. Ensuite, ils passèrent des heures à discuter d’un projet sur lequel Roman travaillait.
Vers onze heures, Karina alla à la salle de bain pour se brosser les dents. Sur l’étagère à côté de ses cosmétiques se trouvaient désormais un déodorant masculin, un rasoir et un gel douche à l’odeur forte. Une serviette d’homme pendait au crochet.
« Denis ! » appela Karina.
Son mari apparut sur le seuil de la salle de bain.
« Quoi ? »
« Roman s’est approprié la salle de bain aussi ? »
« Bah, il doit bien mettre ses affaires quelque part. »
« Et demander s’il pouvait poser ses affaires à côté de mes produits de beauté—c’était trop compliqué ? »
« Karina, ne chipote pas pour des broutilles. »
« Des broutilles ? Denis, je ne peux même plus utiliser tranquillement mon armoire ou ma salle de bain ! »
« Chut ! » Il jeta un coup d’œil derrière lui. « Roman va entendre. »
« Qu’il entende ! Peut-être que ça le fera culpabiliser. »
Denis ferma la porte de la salle de bain et baissa la voix.
« Karina, s’il te plaît. Roman traverse une mauvaise passe. Il a eu des problèmes au travail, maintenant cette histoire de logement. N’en rajoutons pas. »
« Et mon stress à moi, il ne compte pas ? »
« Il compte. Mais ce n’est pas pour longtemps. Prends sur toi un peu. »
Karina s’apprêtait à répondre quand la voix de Roman retentit du salon :
« Deniska, t’es où ? Ils montrent un penalty ! »
Son mari sortit, laissant Karina seule. Elle regarda son reflet dans le miroir. Un visage fatigué, un regard terne. Elle venait d’avoir trente-cinq ans, mais se sentait bien plus âgée.
Cette nuit-là, dormir fut impossible. Roman regarda la télé jusqu’à deux heures du matin—le son passait même porte de la chambre fermée. Ensuite, il fit les cent pas dans l’appartement, faisant du bruit avec la vaisselle dans la cuisine. Karina restait là, les yeux ouverts, comptant les minutes. À côté d’elle, Denis ronflait paisiblement—rien ne pouvait le réveiller.
Le matin, Karina se leva avant le réveil. Elle avait la tête lourde par manque de sommeil. Roman était déjà à table—en survêtement, buvant du café et lisant les infos sur sa tablette.
« Bonjour ! » gazouilla son beau-frère. « Tu es déjà debout. »
« L’habitude », répondit Karina froidement en attrapant sa tasse.
La tasse était sale. Toutes les autres aussi. Elle ouvrit le lave-vaisselle—vide. Toute la vaisselle d’hier soir était empilée dans l’évier.
« Roman, tu as dit que tu ferais la vaisselle. »
« Ah, c’est vrai ! J’ai oublié. Je vais les laver tout de suite. »
« Ce n’est pas nécessaire, je le fais moi-même. »
Karina ouvrit l’eau et se mit à frotter les assiettes avec une énergie féroce. Roman s’assit à la table, sans montrer la moindre envie d’aider.
« Écoute, Karina », dit-il soudain. « Je sais que je te cause des désagréments. Je vais vraiment essayer de trouver un logement rapidement. »
« Mmm », Karina ne se retourna pas.
« Au fait, un ami passe ce soir. Il a besoin que je regarde son ordinateur, il est cassé. Ça ne te dérange pas ? »
Karina coupa brusquement l’eau et se retourna.
« Qu’est-ce que les affaires de ton frère font dans mon placard ? » Elle ne put se retenir.
Roman haussa les sourcils, surpris, et posa la tablette.
« Karina, je croyais que Denis t’avait prévenue. Maman m’a dit que vous étiez d’accord. »
« Ta mère te l’a dit ? » Karina s’essuya les mains sur une serviette. « Ta mère ne sait même pas où je travaille et elle décide déjà qui habite chez moi ? »
« Écoute, je ne voulais pas causer de problèmes… »
« Trop tard. C’est déjà fait. »
Karina quitta la cuisine, laissant Roman perplexe. Denis dormait encore dans la chambre. Elle décida de ne pas le réveiller—parler à son beau-frère était plus important. Karina ouvrit le placard et commença méthodiquement à sortir les affaires de Roman. Chemises, jeans, T-shirts—elle plia tout soigneusement sur le lit.
Depuis le couloir, la voix de Denis retentit :
« Karina, qu’est-ce que tu fais ? »
Il se tenait sur le pas de la porte de la chambre, les cheveux en bataille de sommeil.
« Je fais les valises de ton frère. »
« Pourquoi ? »
« Parce que Roman ne va pas vivre ici. »
Denis s’approcha et essaya de lui prendre la main, mais Karina la retira.
« Karina, parlons calmement. Ne sois pas si dure. »
« Dure ? » Elle se retourna. « Denis, tu as fait emménager ton frère dans notre appartement derrière mon dos. Ce n’est pas dur, ça ? »
« Je t’ai déjà dit—les circonstances… »
« Tout le monde a des circonstances. Ce n’est pas une raison pour transformer mon appartement en auberge. »
Karina sortit le sac de sport de Roman de sous le lit et commença à y mettre ses vêtements. Denis resta là, sans mot dire. Roman passa la tête par la porte de la cuisine.
« Les gars, ne vous disputez pas pour moi, d’accord ? Je trouverai ailleurs. »
« Parfait », dit Karina en fermant le sac. « Le plus tôt sera le mieux. »
Elle porta le sac dans l’entrée et le posa près de la porte d’entrée. Puis elle apporta les bottes de Roman et les déposa soigneusement à côté. Ensuite elle alla à la salle de bain et rassembla toutes ses affaires dans un sac.
« Karina, ne sois pas enfantine, » Denis essaya de prendre le sac. « Il n’a nulle part où aller ! »
« Il a une mère avec un trois-pièces. Il a des amis. Il a un salaire de programmeur qui peut payer n’importe quel hôtel. Il y a toujours des options. »
Elle passa devant son mari et posa le sac à côté du sac de sport. Elle prit son téléphone et chercha le numéro de Roman.
« Allô, Roman ? Tes affaires sont prêtes et à côté de la porte. J’attends que tu viennes les chercher. »
« Karina, je suis dans la cuisine… »
« Je sais. Mais je veux que ce soit clair. Prends tes affaires et trouve un autre logement. »
Roman entra dans l’entrée, regarda le sac, Karina, puis son frère.
« Denis, tu avais dit que tout était réglé. »
« Je pensais que Karina comprendrait… »
« Karina comprend très bien », coupa-t-elle. « Elle comprend que, chez elle, on ne tient pas compte d’elle. Ça s’arrête maintenant. »
Karina composa un autre numéro—celui de sa belle-mère. Valentina Sergueïevna répondit au troisième appel.
« Karinochka, bonjour ! Comment allez-vous ? Roman s’est installé ? »
« Bonjour, Valentina Sergueïevna. Roman va venir chercher ses affaires et partir. »
« Partir ? Mais comment… Denis a dit que vous étiez d’accord… »
« Denis n’avait pas le droit de parler à ma place. Cet appartement est le mien, acheté avant le mariage. Les décisions sur qui y vit m’appartiennent. »
Silence au bout du fil. Puis sa belle-mère s’éclaircit la gorge.
« Karina, mais Roman n’a nulle part où aller. C’est un cas de force majeure. »
« Vous avez un trois-pièces. Pourquoi ne peut-il pas rester chez vous ? »
« Eh bien… Je prévoyais des travaux. Poussière, saleté… »
« Tu prévois… ou tu as déjà commencé ? »
« Je prévois… Mais… »
« Alors il peut y habiter pour l’instant. Ou soyons honnêtes — tu ne veux tout simplement pas t’embêter. C’est plus facile de tout me laisser. »
« Karina, comment tu me parles ! »
« Avec respect, mais directement. Je vous estime comme la mère de mon mari. Mais dans ma maison, c’est moi qui décide. Désolée si cela paraît dur. »
Karina a raccroché. Denis est resté bouche bée ; Roman s’est déplacé maladroitement à côté de son sac.
« Tu te rends compte de ce que tu as fait ? » finit par dire Denis. « Maman va être vexée, maintenant ! »
« Ta mère va apprendre qu’elle ne peut plus me manipuler. C’est une leçon utile. »
« Karina, je ne voulais vraiment pas de problèmes », dit Roman. « Maman m’avait dit que tout était arrangé. Je ne me serais jamais imposé si j’avais su… »
« Je te crois », acquiesça Karina. « Roman, rien de personnel. Mais j’ai des principes. Personne ne vit chez moi sans mon consentement. »
Son beau-frère prit son sac et emporta les affaires de la salle de bain.
« Denis, je suis désolé que ça se soit passé comme ça. Je vais chez Maman. »
« Roma, attends… » Denis lança un regard suppliant à sa femme. « Karina, il ne peut pas rester au moins aujourd’hui ? La journée ne fait que commencer. »
« Non. Roman s’en va maintenant. Et laisse les clés sur la table. »
« Quelles clés ? » demanda Roman, surpris.
« De l’appartement. Denis t’a donné un jeu hier—j’ai vu. »
Roman sortit le trousseau de clés de sa poche et le posa sur la petite table près du miroir. Denis avait l’air trahi.
« Karina, c’est cruel. C’est mon frère ! »
« Et je suis ta femme. Mais on dirait que, pour toi, l’opinion de ton frère compte plus que la mienne. »
« Ce n’est pas vrai ! »
« Vraiment ? Alors pourquoi ne m’as-tu rien demandé avant d’installer Roman ? Pourquoi ta mère en a-t-elle parlé avec toi, pas avec moi ? »
Denis ne répondit rien. Roman toussa.
« J’y vais. Désolé encore. »
Il partit, refermant doucement la porte derrière lui. Karina alla à la cuisine et se mit à préparer du café. Ses mains tremblaient légèrement – l’adrénaline circulait toujours. Denis la suivit.
« Tu es contente ? Tu as fait une scène pour rien. »
« Pour rien ? » Karina se retourna brusquement. « Denis, tu as installé quelqu’un dans mon appartement sans que je le sache ! Tu as donné les clés ! Tu lui as laissé prendre mon armoire ! »
« Notre armoire. »
« Non, le mien. Comme tous les meubles ici. Comme l’appartement lui-même. Je n’en parle pas parce que nous sommes une famille à mes yeux. Mais une famille, c’est décider ensemble. »
« J’essayais juste de bien faire… »
« Pour qui ? Pour Roman — oui. Pour ta mère — oui. Pour toi-même — oui, pas besoin de contrarier Maman. Et pour moi ? »
Denis s’assit et prit sa tête dans ses mains.
« Et maintenant ? Maman va appeler et faire des crises… »
« Laisse-la appeler. Tu lui diras que ta femme est maîtresse chez elle. Et que c’est elle qui décide ici. »
« Tu sais comment est Maman. »
« Je sais. Mais son caractère n’est pas ma croix. Denis, je t’aime. Mais je ne laisserai pas ma vie devenir une annexe de la maison de ta mère. »
Le téléphone de Denis sonna—« Maman » s’afficha à l’écran. Il regarda Karina ; elle acquiesça—décroche.
« Salut, Maman… Oui, Roman est parti… Non, Karina a raison… Maman, écoute… »
Karina ne resta pas pour la suite. Elle prit son café et alla dans la chambre. Elle s’assit sur le lit et en but une gorgée. La boisson chaude lui brûla agréablement la gorge. Elle regarda l’armoire—ses vêtements étaient toujours tassés dans un coin. Karina se leva et se mit à les remettre à leur place.
Dix minutes plus tard, Denis jeta un coup d’œil dans la chambre.
« Maman est hystérique. Elle dit que tu détruis la famille. »
« Je pose des limites. Ce n’est pas la même chose. »
« Elle a dit qu’elle ne viendra plus. »
« C’est dommage. Mais si le prix de ses visites, c’est de ne pas avoir voix au chapitre chez moi, alors qu’elle reste chez elle. »
Denis entra et s’assit à côté d’elle.
« Karina, tu n’en as pas trop fait ? On aurait pu gérer ça plus doucement. »
« On aurait pu—si tu m’en avais parlé dès le début. Mais tu as choisi de me mettre devant le fait accompli. J’ai répondu pareil. »
« Et maintenant ? »
« Maintenant tu sais—personne ne vivra ici sans mon consentement. Ni ton frère, ni ta mère, ni un cousin éloigné de Voronej. Personne. »
« Et si tu avais accepté ? Si je t’avais demandé ? »
Karina réfléchit un instant.
« Peut-être. Pour quelques jours. Avec des règles claires et une date de fin. Mais on ne le saura jamais, parce que tu n’as pas demandé. »
Ce soir-là, Roman a envoyé un message : « Karina, encore désolé. J’ai loué un appartement par une agence. Merci pour le rappel—on ne peut pas toujours compter sur la famille pour tout régler. »
Karina montra le message à Denis.
« Tu vois ? Roman a trouvé un logement en un jour. Et tu disais qu’il n’avait nulle part où aller. »
« C’est sûrement cher. »
« C’est son choix d’adulte. Comme le tien—soit tu apprends à respecter l’avis de ta femme, soit tu continues à ménager ta mère. »
Une semaine plus tard, Valentina Sergeyevna appela Karina. La conversation fut brève.
« Karina, j’y ai réfléchi… Peut-être que j’avais tort. J’aurais dû te demander directement. »
« Merci, Valentina Sergeyevna. J’apprécie. »
« Mais tu aurais pu être plus douce. Roman n’était pas à blâmer. »
« Je suis d’accord. Mais la douceur est souvent prise pour de la faiblesse. Maintenant tout le monde sait—je ne suis pas faible. »
À partir de ce moment-là, il n’y eut plus d’invités non invités dans l’appartement de Karina. Denis apprit à consulter sa femme avant de prendre des décisions qui affectaient leur vie commune. Et lorsque Valentina Sergeyevna venait leur rendre visite, elle appelait toujours pour demander si c’était le bon moment.
Karina, de son côté, comprit l’essentiel—il n’y a rien de honteux à défendre ses propres limites. Ce qui est honteux, c’est de laisser les autres décider comment tu dois vivre chez toi.