Je suis tombé nez à nez avec mon ex-femme, et la jalousie m’a presque donné la chair de chou-fleur

Oleg claqua la porte du réfrigérateur avec une telle force que les étagères frémirent, et un petit aimant décoratif tomba dans un bruit sourd sur le carrelage. De l’autre côté, Léna se tenait là, le teint livide et les poings crispés.

« Eh bien, tu te sens plus léger ? » lança-t-elle, relevant brusquement le menton.

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Oleg la foudroya du regard, les mots coincés dans sa gorge. « Tu m’as achevé », finit-il par souffler, la voix tremblante malgré ses efforts pour se contenir. « Quelle vie ! Aucune joie, aucune perspective. »

Léna lui adressa un rire amer. « Comme d’habitude, je suis la coupable ? » railla-t-elle. « Tu t’imagines la vie de tes rêves, mais la réalité, c’est autre chose. »

Oleg roula des épaules, pris d’une lassitude à laquelle il n’était plus habitué. Il déboucha une bouteille d’eau gazeuse, en but une gorgée puis la reposa sur la table sans un mot.

« Oleg, ne reste pas muet, » le pressa Léna, la voix tremblante. « Explique-moi enfin ce qui ne va pas. »

Il la fusilla du regard et grimaça : « À quoi bon ? Tu ne peux pas comprendre… J’en ai raz-le-bol, jusqu’à l’écœurement ! »

Le silence s’abattit sur eux. Le bruit du robinet ouvert dans la salle de bains trahit les larmes de Léna. Pourtant, pour la première fois, Oleg se surprit à penser qu’il s’en fichait.

Trois ans plus tôt, ils s’étaient unis dans l’appartement de Léna, légué par ses parents. Situé près du centre-ville, avec ses boiseries vieillottes et son mobilier d’un autre âge, le logement avait d’abord séduit Oleg. Rapidement, toutefois, sa routine l’a écœuré : le vieux linoléum jaune, les murs marron et le buffet hérité de la grand-mère semblaient figer son existence.

« Léna, pourquoi ne pas changer ce linoléum hideux ? » réclamait-il sans cesse. « On pourrait repeindre, moderniser un peu… »

Elle répondait toujours avec douceur : « Nous n’avons pas les moyens pour une rénovation complète. Attendons une prime ou économisons. »

« Attendre ?! » grommelait-il. « Ta vie, c’est attendre et souffrir. »

Oleg repensait souvent à leur rencontre : étudiante discrète, Léna l’avait charmé par son sourire généreux et son regard franc. « Elle va s’épanouir comme une fleur », avait-il prophétisé. À présent, il jugeait qu’elle s’était étiolée.

Pourtant, Léna savourait les petites joies : une nouvelle nappe aux motifs délicats, un soir tranquille avec un roman, un thé fumant, la lueur douce d’une lampe de chevet. Des plaisirs que son mari nommait immobilisme.

L’idée de divorcer l’horrifiait : quitter le confort de l’appartement signifiait retourner chez ses parents, dont il était en froid. Sa mère, Tamara Iliïvna, prenait invariablement le parti de Léna : « Mon fils, tu traînes dans l’appartement de ta belle-fille, profite tant que tu peux ! » répétait-elle à l’envi. Son père, Igor Sergueïvitch, se tenait à l’écart : « Laisse-le gérer, Tamara. »

Un après-midi suffocant, la tension prit enfin un tour décisif. Debout devant la fenêtre, Oleg contempla les voisins suspendre leur linge sur le balcon.

« Je suis épuisé, » murmura-t-il.

« Fatigué de quoi ? » demanda Léna, impassible.

« De cette existence, de nos disputes sans fin. Tu t’es enfermée dans tes casseroles et tes serviettes. Tu crois que j’ai envie de gaspiller mes années ainsi ? »

Elle l’observa un instant, puis quitta la pièce, un sac poubelle à la main. Oleg l’attendit, espérant qu’elle reviendrait pour discuter. Mais elle disparut pendant une demi-heure et revint ferme.

« Tu as raison, » dit-elle simplement. « Tu ferais mieux d’être seul. Pars. »

Il la fusilla : « Ce n’est pas chez moi, ici. C’est le domicile de tes parents. »

Elle sourit, amère : « Il est temps d’admettre que tout est terminé entre nous. »

L’officiel divorce tomba sans heurt. Oleg s’installa chez ses parents, convaincu qu’il rebondirait : louerait un appartement, trouverait une femme à sa mesure. Mais rien ne se passa comme prévu. Le chômage, l’ennui, les reproches des siens : à trente ans, il vivait toujours aux crochets de sa mère.

Puis vint cette soirée printanière, glaciale, où il passa devant un petit café illuminé. Il voulut entrer pour se réchauffer. À l’entrée, une silhouette lui barra la vue : Léna. Trois ans après, elle semblait transformée : posture assurée, tenue soignée, regard serein. À la main, un trousseau de clés, sans doute celle d’une belle voiture.

« Léna ? » osa-t-il.

Elle tourna la tête, hésita, puis sourit, véritablement.

« Salut, Oleg ! Ravi de te revoir. Comment vas-tu ? »

Il bafouilla : « Bien… Je vois que tout va bien pour toi. »

« Disons que je vis maintenant la vie dont j’ai toujours rêvé. »

Avant qu’il ne réagisse, un homme grand, élégant, émergea du café, posa une main amoureuse sur ses épaules.

« Ma chérie, la table est prête. Allons-nous ? »

Léna se tourna vers Oleg : « Oleg, je te présente Vadim. Vadim, c’est Oleg. »

Elle lui adressa un regard doux : « J’ai été heureuse de te revoir. J’espère que tu trouveras aussi ton chemin. »

Oleg baissa les yeux. La jalousie lui noua la poitrine : ce « bourgeon gelé » qu’il avait moqué s’était épanoui… sans lui.

Le couple disparut derrière la porte vitrée. Oleg sentit le vent couper sa fierté. Dans un souffle, il repensa : « Je voyais en elle une fleur ; je ne récolte aujourd’hui qu’un pétale fané. »

Il s’éloigna, le cœur glacé, laissant derrière lui l’ombre d’un bonheur qu’il avait refusé de cultiver.

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